[Cannes 2026] L’Être Aimé : La Complainte du Ciné-âme
- Joe

- 29 mai
- 2 min de lecture

Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen
Photographie : Alex De Pablo
Montage : Alberto Del Campo
Musique : Olivier Arson
Acteurs Principaux : Victoria Luengo, Javier Bardem, Marina Foïs
Sortie : 16 mai 2026
Durée : 135 minutes
Genre : Drame
Société de production : Caballo Films, Movistar +, El Ser Querida AIE
Société de distribution : Le Pacte
Introduction :
À partir d’un coup de fil camouflant un apocalypse hors-champ à un jeu de pouvoir catalysant les traumatismes du réel, Rodrigo Sorogoyen nous livre, cette année, son troisième film d'affilée sur les hantises familiales.
En regain de popularité depuis Valeur Sentimentale (Grand Prix de l’an dernier), la famille est désormais un facteur qui s’analyse par le métatexte cinématographique.
C’est ainsi que l'Être Aimé pose son cadre : une relation dysfonctionnelle éclatant devant un spectateur mis en abyme à l’image. L’heure n’est plus à subir la pression tragique de son héroïne mais de la comprendre, dans un premier temps, à la manière d’un Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry (que l’on retrouve également en compétition cette année) préférant favoriser un dialogue qu’un jugement direct.
Une discussion que son cinéaste rythme par un champ-contrechamps incisif où les deux personnages principaux se livrent un véritable jeu d’échec faisant front, non pas pour s’accepter, mais pour conquérir une “mémoire collective” où la violence d’un père absent paraît autant peser que les reproches d’un enfant oublié.

Le.s récit.s tel.s une pâquerette
À la manière des énumérations enfantines amoureuses, Rodrigo Sorogoyen effeuille ses couches métatextuelles autour d’un même cœur.
De l’émancipation d’une femme sous les tristes heures de la colonisation à la tentative d’une résilience d’une actrice reniant sa figure paternelle pour ne travailler qu’avec sa fonction de metteur scène, L’Être Aimé scinde sa réflexion en deux blocs distincts.
Et, là où Valeur Sentimentale prônait une grâce divine, nous assistons ici à une étude de cas de ces studios traversés par les affres de #MeToo.
Dans un cinéma se portant de plus sur sa création par le biais d’œuvre allant de l’anacréontique Babylon de Chazelle au social Making of de Cédric Kahn, Sorogoyen, en médecin du septième art, ausculte la réception d’une actualité douloureuse au sein même de sa production dans un studio où témoignages émancipateurs tutoient admiration absolue et abus intolérables.
Au bord de l’implosion, Le désert afro-espagnol se résulte être une triple page blanche, celle d’un protectorat que le gouvernement colon prive de son histoire, la terre d’émancipation d’un personnage épongeant les souffrances de son actrice qui tente, elle, d’exister à travers cette parenthèse infernale.
Note du rédacteur : 4,5/5
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