top of page

[CRITIQUE] Second Tour : La fable utopiste de Dupontel

Dernière mise à jour : 19 août 2024


Réalisation : Albert Dupontel

Scénario : Albert Dupontel

Acteurs Principaux : Albert Dupontel, Cécile de France, Nicolas Marié...

Sortie : 25 octobre 2023

Durée : 1h35

Genre : Comédie dramatique, thriller politique

Sociétés de productions : Stadenn Prod, Manchester Films

Société de distribution : Pathé


Après Au revoir là-haut et Adieu les cons qui figuraient parmi ses œuvres majeures, Albert Dupontel avait la lourde tâche de nous convaincre tout autant avec un film plus politique encore ancré une réalité fuyante qu'il cherche toujours autant à questionner. Second Tour devait donc lui offrir toute cette liberté d'expression entre ambiance nerveuse et discours engagé...


Synopsis :


Journaliste politique reléguée à la rubrique football, Mlle Pove (Cécile de France) revient aux affaires en étant envoyée par sa chaîne avec son caméraman (Nicolas Marié) pour couvrir l’entre-deux tours de la campagne présidentielle dont le favori, Pierre-Henry Mercier (Albert Dupontel), héritier d'une puissante famille française, est un novice en politique. Quelque peu perturbée par ce candidat envers qui elle semble tenir une certaine rancœur, Mlle Pove se lance dans une enquête aussi étonnante que jubilatoire et aux multiples rebondissements.


Critique :


C'est sans attendre que Dupontel place d'emblée, dès l'ouverture, ses spectateurs dans une ambiance échevelée à la lisière du thriller politique, où son personnage principal - interprété par lui-même - se retrouve propulsé dans la fosse aux lions, lui l'héritier d'un système dans lequel il semble pourtant avoir du mal à trouver sa place. Car le réalisateur-auteur ne laisse planer que peu de doutes sur ce glorieux destin : le temps d'un regard, d'une attitude dans l'ombre avant d'entrer dans la lumière, Mercier n'est qu'un pion appelé à devenir roi, mais conservera-t-il cette attitude docile jusqu'au bout ? C'est dans ce jeu de nerfs que la journaliste intervient, avec son cadreur facétieux servant avant tout de "comic relief" mais avec qui elle formera une vraie équipe pour le meilleur et pour le pire. Le personnage de Cécile de France semble ainsi vouloir mettre à mal les rouages tout en souhaitant régler certains comptes, avec le candidat certes mais aussi sa rédaction. C'est donc en revancharde qu'elle commence à agir, dans la pénombre de son bureau, tapie avec son collègue, s'apprêtant à toutes les manigances.


Quel est le Projet de ce Mercier ?


En deux séquences, le décor est planté, pour une première partie de film assez déceptive cependant car faussement classique dans son déroulement. Suivront ensuite quelques rebondissements apparaissant parfois trop abrupts mais qui justifieront presque une bascule nécessaire dans un récit qui au final en dira long. Ce n'est pas pour autant que Dupontel oublie de faire vivre son cinéma dans ces premières minutes : avec sa patte habituelle dans une forme de nervosité échevelée qu'il tient entre autres de son grand ami et modèle Terry Gilliam, mais aussi par une photographie tirant entre le jaunâtre et le rougeâtre ancrés au sein d'une certaine obscurité, œuvre de son chef opérateur Julien Poupard (qui a officié dans de nombreux bons films ambiancés ces dernières années - citons pêle-mêle En liberté, La dernière vie de Simon ou L'Innocent qui ont par moments certaines tonalités communes). Des effets de mise en scène parfois un peu confus mais justifiés histoire d'accentuer la menace aussi bien intérieure qu'extérieure pour un candidat voyant sa vie menacée en plein succès : un homme souvent isolé avec son fidèle garde du corps dans ce nid de guêpes, entre jeux de flou et focus sur des regards, sur des personnes trop envahissantes ou qui ne sont pas censées être là.


C'est alors qu'un changement s'opère suite à certaines découvertes faites par le spectateur à travers les yeux d'une journaliste qui va très vite voir son combat personnel dépassé. La résolution de certaines "énigmes" façon lecture labiale comme au football nous permettra certes de rire, grâce au talent comique de Nicolas Marié, mais ce décalage n'empêchera pas un changement de ton bienvenu qui mènera la deuxième partie du métrage vers un cocktail d'action-aventure teinté de tragédie. Le temps d'une scène d'envol qui suit un aigle parti à la pêche, nous comprenons très vite où Dupontel veut nous mener…


Face à face avant la vérité ?


Car notre cher Albert veut faire passer un message très clair, sortant d'une potentielle réalité crédible pour faire entrer son film dans une véritable fable utopique que beaucoup considéreraient comme naïve. Il est vrai que tout parait rapide et inimaginable sur plus d'un point, mais qui dit que son auteur a vraiment voulu garder toute forme de réalisme ? Dès les effets usités dans sa première partie, on pouvait s'en douter, et ce n'est pas parce qu'il fait de Mercier une sorte d'alter ego d'un certain président actuellement au pouvoir qu'il faut y voir ici un copier-coller de notre monde. Plusieurs exemples en attestent d'ailleurs, comme cette date d'élection présidentielle très alternative situant l'action en 2023... et si l'essentiel était donc ailleurs ? Et si Dupontel, désabusé de cette société actuelle dans laquelle il ne se reconnait plus (ne s'est jamais reconnu ?), n'imaginait pas un monde cinéma où tout pourrait finalement être possible autrement ? Où l'humour côtoierait l'action et l'émotion pour au final y instaurer une certaine justice personnelle. Alors certes il reprend ici les traits les plus grossiers de notre système, que ce soit le manque de tolérance et le pouvoir destructeur qui déchire notre planète, mais c'est certainement pour mieux respirer mentalement et faire éventuellement espérer à son public qu'une alternative, plus collective et proche de la nature, serait possible. C'est ainsi que la fin de Second Tour s'approche d'une certaine brillance malgré tous les potentiels défauts évoqués, ancrant cette fiction dans une mythologie très personnelle à son auteur, activant ainsi les contours d'une œuvre somme où il avait au final beaucoup à dire. Peut-être trop en trop peu de temps cependant, l'aspect accéléré du métrage ne lui rendant pas toujours honneur, mais fort convaincant sur une conclusion marquante et touchante qui pousse ainsi à la réflexion.


Des journalistes face aux ordures du pouvoir !


S'il ne nous offre donc pas ici son meilleur opus, Albert Dupontel a toutefois su attirer le regard et maintenir l'attention le temps d'une œuvre plutôt surprenante et mouvementée qui en dit long sur ce qu'il pense dans le monde qui l'entoure. Une œuvre nécessaire sur plus d'un point qui aurait parfois mérité plus d'ampleur dans sa première partie mais qui sait convaincre sur la fin entre message coup de poing et poésie tragique.


La note du rédacteur : 3.5/5


 

L'avis des autres rédacteurs :


Comments


bottom of page