[CRITIQUE] The Substance : Miroir, mon beau miroir, qui est la plus parfaite ?
- Adam Herczalowski
- 10 nov. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 nov. 2024

Réalisation : Coralie Fargeat
Scénario : Coralie Fargeat
Photographie : Benjamin Kraćun
Montage : Coralie Fargeat, Jérôme Eltabet et Valentin Feron
Musique : Raffertie
Acteurs Principaux : Demi Moore, Margaret Qualley et Dennis Quaid
Sortie : 6 novembre 2024
Durée : 2h20
Genre : Body horror
Société de production : Working Title Films, A Good Story, Blacksmith
Société de distribution : Metropolitan Filmexport
Dire que le deuxième long-métrage de Coralie Fargeat, a créé un engouement depuis sa diffusion cannoise en mai dernier serait un euphémisme (il est reparti avec le prix du scénario). The Substance se vend et fut promulgué par une promotion intensive comme l'expérience de body horror extrême sur une thématique universellement traité au cinéma, à savoir l'actrice et sa place dans une industrie masculine, mais également d'une cure de jouvence éternelle aborder dans le grand roman Le Portrait de Dorian Gray (1890) d'Oscar Wilde. Un programme qui semble familier et déjà rébarbatif ? Malheureusement, le film en est un triste constat.
Synopsis :
"Avez-vous déjà rêvé d’une meilleure version de vous-même ? Vous devriez essayer ce nouveau produit : THE SUBSTANCE Il a changé ma vie. Il permet de générer une autre version de vous-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite. Respectez les instructions : VOUS ACTIVEZ une seule fois VOUS STABILISEZ chaque jour VOUS PERMUTEZ tous les sept jours sans exception. Il suffit de partager le temps. C’est si simple, qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?"
Critique :
Références boulimique
"Merci de laisser rentrer les monstres", phrase emblématique lors du couronnement de Julia Ducournau avec la palme d'or qui fut décerné au bancal mais diablement organique Titane (2021). Avec The Substance, Coralie Fargeat se dresse évidemment comme une successeure de ce discours, avec ce long-métrage lorgnant vers le body horror explicite dans sa seconde partie de long-métrage. Avant d'arriver à ce stade, le film déroule une exposition programmatique frôlant la parodie sur l'archétype de l'actrice désuète dans une industrie ancrée dans ses valeurs masculines. De prime abord, l'utilisation de Demi Moore pour interpréter Elisabeth Sparkle, actrice également entrée dans la sphère hollywoodienne pour sa plastique, incarnant un sex-symbol de l'idéal américain. La suite de sa carrière fut d'être reliée au second plan à l'image d'Elisabeth qui anime une émission idiote de fitness, dont le patron Harvey (Dennis Quaid) la jette hors du système à cause de la vieillesse inévitable de son corps. Thématique incarné et représenté dans divers long-métrages au fils des décennies, on pense évidemment au Ève (1950) de Joseph L. Mankiewicz. Le long-métrage aligne péniblement le dégoût d'un corps vieillissant, abandonné, face à un miroir qui va descendre en enfer par un pacte pour rêver d'une meilleure version futile et objet d'une industrie sexiste. Le film lorgne vers la résilience, la transformation du corps reste la meilleure solution jusqu'à la fin.

"Avez-vous déjà rêvé d’une meilleure version de vous-même ?"
La thématique de la cure de jouvence ne s'arrête pas là avec évidemment la naissance de la fameuse accroche "d’une meilleure version de vous-même", où Sue (Margaret Qualley) prend le contrôle du long-métrage. The Substance pourrait sortir du lot avec son style explicitement baroque, de ses gros plans sur les bouches, des fesses, des seins. La vulgarité de cette mise en scène pourrait créer une sensation de dégoût, pour cette esthétique sexiste du male gaze quand la permutation s'opère vers Qualley et une mise en abyme de la muse, du tableau télévisé par Demi Moore (dont la ressemblance physique est flagrante). Malheureusement sa pénible récurrence visuelle de fisheye, fétichisation du corps, développant son male gaze. Un regard où la beauté serait malgré tout plus belle que la vieillesse, la solitude qu'elle engendre et la jalousie de regarder son propre miroir, à l'image du panneau d'affichage de Sue et son émission Pump It Up, un dérivé de la fitness pratiqué par Elizabeth. Le film observe tout de même que la beauté plastique reste un idéal à atteindre.

Le portrait de Demi Moore
La problématique filmique de The Substance étant le pacte faustien que Elisabeth signe pour donner vie à son Dorian Gray pourrait donc développer un contrepoint féminin à l'esthétique graveleuse de l'industrie de l'image pornographique du masculin. Malheureusement Coralie Fargeat développe une esthétique de la surenchère horrifique. Exposant ses influences comme dans un musée que ce soit le couloir de Shining (1980), les corps qui explosent dans Scanners (1981),... Ces influences aussi cohérente soit-elle sont bêtement utilisées comme un exercice style en surexploitation et survitaminé dans ce vœux de la jeunesse éternelle et le châtiment qui s'ensuit. Curieuse façon de penser un brulot féministe imminemment important, par la vieillesse restant un sujet tabou et les actrices qui se sont succédées, les images, le rythme. Les influences sont interchangeables également, scrollant d'un espace, un lieu ou un effet spécial évocateur à l'autre, donnant une dimension patchwork auquel se serait greffé Le Portrait de Dorian Gray se déroulant dans le hollywood d'Ève ou le théâtre d'Opening Night (1977) de John Cassavetes. Malheureusement, Coralie Fargeat n'offre pas la représentation triomphante de la vieillesse à sa Gena Rowlands, mais un triste décalque de Carrie au bal du diable (1976), où sa vengeance ne serait pas de mise mais un châtiment et une punition pour avoir goûter à la substance interdite : la soif de beauté.

Soif de beauté
La note du rédacteur : 2/5
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