[CRITIQUE] À l'intérieur : Performance sur la destruction du corps
- Adam Herczalowski
- 2 nov. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 mai 2024

Réalisation : Vasilis Katsoupis
Scénario : Ben Hopkins
Acteurs Principaux : Willem Dafoe, Gene Bervoets, Eliza Stuyck
Sortie : 1er novembre 2023
Durée : 1 h 46
Genre : Thriller
Sociétés de productions : Heretic, Schiwago Film et A Private View
Société de distribution : L'Atelier Distribution
Du corps détruit par les romains dans La Dernière Tentation du Christ (1988) de Martin Scorsese, à la réinterprétation faciale de L'Homme qui rit pour Norman Osborn dans le Spider-Man (2002) de Sam Raimi, jusqu'au péché originel dans Antichrist (2009) de Lars Von Trier ; Willem Dafoe a donné au cours de sa carrière une multiple facette des possibilités du corps humain devant la caméra. Du cinéma d'auteur au blockbuster, l'acteur au corpus versatile se donne une nouvelle fois dans le premier long-métrage de fiction de Vasilis Katsoupis au sein d'un appartement luxueux voulant sa mort, où le seul moyen de survivre est de créer des œuvres d'art.
Synopsis :
Nemo, cambrioleur chevronné, se retrouve piégé dans un luxueux appartement new-yorkais. Essentiellement décoré d'œuvres d'art, il va devoir faire preuve de créativité et de ténacité pour survivre et tenter de s'échapper…
Critique :
Locataire indésirable
Avec un pitch tenant sur un ticket de métro, le film de Katsoupis joue sa plus grande carte. Démarrant comme un long-métrage de braquage pour finalement se transformer en survival qui embrasse le body horror, une malice de basculement dans les genres, profitant d'un acteur (Willem Dafoe) fertile avec les modifications et dégradation corporelles. Lorsque le personnage de Nemo est enfermé dans l'appartement luxueux, une confrontation s'opère entre le protagoniste et l'appartement. Des mécanismes mortels comme la climatisation, au manque de nourriture, etc. Tout est là pour détruire Nemo comme le capitaine du célèbre roman de Jules Verne, le logement new yorkais comme le Nautilus (sous-marin de Vingt Mille Lieues sous les mers, 1869) pourraient être assimilés à des entités mécaniques qui isolent les personnages jusqu'à en perdre la raison et l'idée même du temps.

Quand Seul au monde (2000) rencontre le body horror
La notion de durée se dilate dans À L'intérieur, d'abord la nervosité de l'isolement et de la survie sont les maitres du récit. En resserrent ses cadres sur le corps de Dafoe quand il est pris au piège d'une climatisation défaillante au visage explorant un réfrigérateur avec forte absence vivres basculant au congélateur et la glace devenant les seules gouttes d'eau pour la survie de notre personnage. Le film fait de son lieu et de son concept, un véritable terrain pour une mise en scène du corps subissant les effets de l'enfermement et des mécanismes qui se retourne contre notre protagoniste. Les vestiges de son ancien propriétaire ne sont plus, Nemo va à son tour démembrer lentement l'appartement pour en créer un lieu de vie (jardin, réservoir a eau, …).
Un duel sur deux corps en pleine décomposition dont l'enjeu en premier lieu va être de savoir qui va en ressortir vivant : Le personnage ou l'appartement, dont les deux armes sont le bricolage pour Nemo et la technologie luxueuse pour le logement. Un piège se refermant petit à petit à l'image du tableau Untitled de Maurizio Cattelan (1999) que le protagoniste contemple à plusieurs moments dans le film où on observe un homme scotché à un mur. La nervosité laissant place rapidement à un combat contre la lente agonie et une routine s'instaurant pour notre personnage seul au monde dans l'appartement. Et après avoir bâti un nouveau monde, le film bascule dans une performance sur l'isolement où Nemo devient l'artiste.
Le temps est le pire ennemi de l'artiste
Appartement luxueux où sont exposées diverses œuvres (Untitled, Steel Rings, …) deviennent dans À L'intérieur le sujet artistique de Nemo dans sa réorchestration abstraite d'un lieu renfermé dont le performeur voit s'observer l'impact sur son corps de l'isolation. L'art de la performance est convoqué par le cinéaste. Dans un film où le temps est le basculement vers la folie, l'art en devient le reflet, une performance où Nemo artiste et sujet artistique va transformer l'appartement en tableau abstrait (à l'image de l'arbre constitué de divers objets) étant à lui tout seul une œuvre à part entière que le réalisateur prend le temps de filmer, mais aussi un outil d'échappatoire de ce piège mortel qu'est ce lieu abstrait.

Autoportrait dupliqué
Les marques artistiques du logement faisant subir aussi à Nemo une performance d'échappatoire où body horror est le cœur artistique de l’appartement new yorkais. Comme deux artistes en confrontation, l'un a un impact sur l'autre, deux corps qui se détruisent, devenant des sujets artistiques et Nemo subissant le temps qui joue son rôle de dégradation au fur et à mesure de l'isolement. Notre protagoniste incarne une réflexion sur l'art qui prend racine dans la construction d'un monde, de l'arbre à objet en passant par les murs sujets au crayonnage tel un homme de Cro-Magnon gravant son histoire dans les grottes de Lascaux laissant place à une religion. Dans cet appartement s'opère la naissance d'un petit monde, une caverne allégorique qui comme celle de Platon, notre personnage doit en sortir enchainé par la technologie et Nemo parvient à franchir le pied en dehors de la caverne en détruisant le tableau de Maurizio Cattelan.
À L'intérieur se dévoile être une œuvre qui, avec son intrigue de ticket de métro, en tire un isolement filmique où Nemo aux commandes du vaisseau "Appartement new yorkais" se livre un duel artistique et corporel sur qui allant dévorer l'autre. Un petit monde où la délivrance se fait par l'abstraction artistique et les gravures dans les murs luxueux du logement new-yorkais.
La note du rédacteur : 3,5/5
L'avis des autres rédacteurs :
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