[CRITIQUE] Killers of the Flower Moon : Martin Scorsese fait éclore les traumas de l’Amérique
- Joe
- 19 oct. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 août 2024

Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Eric Roth, Martin Scorsese
Acteurs Principaux : Leonardo DiCaprio, Lily Gladstone, Robert De Niro
Sortie : 18 octobre 2023
Durée : 3h26
Genre : Drame, Policier, Thriller, Western, Historique
Sociétés de productions : Apple Studios, Appian Way, Paramount Pictures, Sikelia Production, Imperative Entertainment
Société de distribution : Paramount Pictures France
Martin Scorsese a toujours été passionné par l’Histoire. Que ce soit l’histoire religieuse qu’il narre par les pères jésuites de Silence (2016) ou encore la bible elle-même à travers La Dernière Tentation du Christ (1988), ou l’histoire de son pays via des fresques critiquant ou iconisant l’évolution des gangsters américains. D’un côté nous pouvons y retrouver la frénésie de Casino (1995) et de son casting sur-iconisé et de l’autre le cynisme du Loup de Wall Street (2013) où il dresse le portrait de Jordan Belfort comme un être méprisable dont le spectateur rit durant 3h. Mais Killers of the Flower Moon va bien au-delà de ça.
Synopsis :
Au début du XXème siècle, le pétrole a apporté la fortune au peuple Osage qui, du jour au lendemain, est devenu l’un des plus riches du monde. La richesse de ces Amérindiens attire aussitôt la convoitise de Blancs peu recommandables qui intriguent, soutirent et volent autant d’argent Osage que possible avant de recourir au meurtre…
Critique :
West Terne
47 ans après le sacre de Taxi Driver (1976) à au 26e Festival de Cannes, la plume de Scorsese convoque les traumas de l’Amérique mais avec une finalité bien différente : le 21e siècle ne doit pas être le moment pour tirer la sonnette d’alarme mais doit faire ressurgir la mémoire des morts sur laquelle s'est bâti le système. Et si ce devoir de mémoire pourra rappeler le There Will Be Blood (2007) de Paul Thomas Anderson, ces deux brûlots n’ont rien à voir d’un point de vue cinématographique. Killers of the Flower Moon est un pur film de Martin Scorsese tant nous y retrouvons tout ce qui fait son cinéma : Lorsque l’Histoire rencontre la pire des associations criminelles cela donne son film de "mafia" le plus froid. Nous faisons presque face à un film d’horreur en plein jour à la The Wicker Man (1973) mais qui nous forcerait à subir le point de vue de la “tribu”. L’horreur du western classique n’est plus là où elle fut théorisée et la caméra Scorsese traduit cette horreur par la lâcheté profonde qui les caractérise. Par respect de l’Histoire, aucune iconisation n’est mise en place, les “blancs” sont lâches, perfides, manipulateurs mais en aucun cas des exemples de personnages.

Le Grand retour de Robert De Niro
Lily Gladstone : une contrepoids nécessaire
Si à leurs habitudes, les deux icônes “scorsesiennes” que sont Leonardo DiCaprio et Robert De Niro livrent d'immenses prestations (probablement la meilleure de Léo), le réel point d’accroche de ce long-métrage réside en Lily Gladstone. Après avoir passé une tête dans Certain Women (2016) et First Cow (2019) de Kelly Reichardt, et incarné les paradoxes de l’Ouest Américain dans Quantum Cowboys (2022) de Geoff Marslett, l’actrice d'origine amérindienne se livre corps et âme dans une descente aux enfers glaçante flirtant avec le Body Horror pour incarner pleinement la souffrance du peuple Osage.

La personnification de l’horreur américaine
Avec des films comme Los Colonos et Killers of the Flower Moon, l’année 2023 signe un tournant important dans la représentation de cette terre de sang qu’est le continent américain. Martin Scorsese embrasse ces thématiques à bras le corps et pond avec son dernier film, non pas seulement un immense “Who didn’t do it?” poursuivant La Porte du paradis (1980) de Cimino mais bel et bien le plus grand acte de cinéma de sa carrière.
La note du rédacteur : 5/5
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