[CRITIQUE] La Zone d'intérêt : Au-delà des murs
- Joe
- 1 févr. 2024
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 août 2024

Réalisation : Jonathan Glazer
Scénario : Jonathan Glazer
Acteurs Principaux : Christian Friedel,Sandra Hüller, Johann Karthaus, Luis Noah Witte
Sortie : 31 janvier 2024
Durée : 1h45
Genre : Drame, Historique
Sociétés de productions : A24
Jonathan Glazer est un cinéaste qui a toujours fait débat. Vrai concepteur d’univers, il nous passionne à mettre en scène des moments allant de moralement grise (Under the Skin) à malsaine (Birth) qu’il laisse se dérouler sans jamais s’y interposer. Mais lorsqu’à l’annonce de la compétition officielle du 76e Festival de Cannes, Thierry Frémaux annonça son retour après plus de 10 ans d’absence avec cette adaptation du roman homonyme de Martin Amis, nous pouvions nous attendre au pire comme au meilleur. Il est celui qui a fait couler le plus d'encre, revenons ensemble sur ce qui fait La Zone d'intérêt !
Synopsis :
Le commandant d'Auschwitz Rudolf Höss (Christian Friedel) et son épouse Hedwig (Sandra Hüller) réalisent sur un terrain directement adjacent au mur du camp leur vision d'une vie de rêve avec une famille nombreuse, une maison et un grand jardin. Cependant, lorsque Rudolf doit être muté à Oranienburg, leur petite vie idéale menace de s'effondrer et il cache l'information à son épouse. Quand Hedwig l'apprend, elle refuse de quitter sa maison de rêve.
Critique :
La banalité du mal
Si, comme toute tragédie humaine, la Shoah a inspiré tous les arts majeurs (photographies servant aujourd'hui de supports d'archives, documentaires avec Lanzmann et Resnais, films de fiction comme Spielberg, etc…), aucun ne l'a traité du point de vue choisi par Glazer. Reste maintenant à savoir comment disposer de ce drame pour nourrir l'œuvre. Et comme « Le travelling est affaire de morale” (déclaration de Jacques Rivette face à la séquence polémique de Kapo de Gillo Pontecorvo dans Les Cahiers du Cinéma en 1959), Glazer affirme son incursion dans la réalité en installant un cadre des plus fixes, nous confiant au contrechamp de l'histoire, rendant par la même occasion nos connaissances actrices de la terreur infusant le rythme du récit. Opter pour la caméra avec la plus grande résolution possible n'était plus que la dernière pièce manquante pour rendre compte de la parfaite adaptation de la théorie d’Hannah Arendt sur la “banalité du mal” (selon laquelle le mal résiderait dans des petites choses et non dans la qualité humaine).

Assourdissante réalité
Le spectateur ne suit donc plus l'un des pères d'un des plus grands génocides mais la routine d'un PDG faisant fonctionner son usine polluant les environs (épaisses fumées, répercussions sur la rivière que la famille fréquente, etc…). Une routine métro-boulot-dodo qui reviendrait à affréter une marchandise qui s'éteindrait pour devenir cette dite fumée enveloppant peu à peu le paysage. Le terme “marchandise” n'est pas cité en vain et fait directement écho à la théorie de Heidegger rapprochant nazisme et Capitalisme. Une théorie que Jonathan Glazer approfondit en la mettant en parallèle avec les gouvernements néo-libéraux actuels détruisant l'homme de notre époque.

Un “camp” de vacances
Agissez, vous êtes filmés
Pour Jordan Peele, l'horreur est jumelle de la comédie, le réalisme frappant de La Zone d'intérêt ne peut lui donner tort. À n'en retenir que sa petite histoire dans la grande, cette tournure familiale peut prêter à rire jaune de malaise pour certains dans une lecture où la rigidité de ses plans mettrait en abyme la réalisation voyeuriste des télé-réalités à la Truman Show. Une analyse qui rendrait d'autant plus impactante la bascule documentaire de sa conclusion.

Voir par leurs yeux pour réellement les ouvrir
Dans un Eden infernal allant même jusqu'à reprendre la symbolique de la pomme, Jonathan Glazer se joue des perceptions visuelles et sonores pour nous perdre dans la monstruosité de l'histoire. Dans un climat où l'antisémitisme grimpe de manière exponentielle, la relégation du camp d'extermination d’Auschwitz comme bruyant “détail”, décuple la terreur de ce long-métrage des plus radicaux.
La note du rédacteur : 5/5
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